Manifeste 2020

Cora Antonioli

CHANGEMENTS POUR UNE SOCIETE PLUS SOLIDAIRE BASEE SUR LES BESOINS DE L’ENSEMBLE DE LA POPULATION

 La crise a mis en lumière les puissants dysfonctionnements de notre société, en particulier le désastre provoqué par des décennies de politiques d’austérité dans les services publics et par leur privatisation, des politiques qui ont fait ainsi le choix de favoriser les profits aux dépens des besoins essentiels de la population. Marquant des distances avec les exigences du capital, l’Etat a, durant cette crise, repris le pouvoir pour affecter prioritairement les richesses aux besoins de toute la population. Ceci doit nous questionner sur le sens des activités, sur le sens du travail, de la manière dont il est valorisé. Car celui qui est indispensable à la survie de la population n’est pas celui que l’on a placé sur un piédestal ces dernières décennies. Cette crise nous laisse aussi entrevoir ce que pourrait être une société consciente d’une collectivité qui tient par la solidarité et le soutien aux plus fragiles. Cette force collective nécessaire et celle de services publics pouvant réellement satisfaire les besoins fondamentaux de l’ensemble de la population doivent être deux piliers reconnus et valorisés de notre société.

 Comme service public, l’école doit pouvoir répondre à un besoin fondamental de l’ensemble de la population, selon des principes d’égalité et de qualité de l’enseignement: préparer les générations nouvelles à la meilleure intégration possible dans la société, en tant qu’homme, en tant que femme citoyen·ne et travailleur·euse capable d’autonomie et d’esprit critique.

La crise due au coronavirus a mis en évidence en particulier que l’école à distance  –  malgré des enseignant·e·s qui se sont investi·e·s sans compter –  a débouché sur de nombreux « décrochages » d’élèves, de tout âge. Certes le contexte de crise n’a rien arrangé à cela (stress inhérent, confinement, maladie), mais il a aussi mis en lumière les inégalités qui interfèrent moins entre les élèves lorsqu’il y a vraiment école: le climat de travail (pas de lieu isolé pour travailler, pas de moment à soi pour se consacrer aux apprentissages), les possibilités d’échange et de soutien sur les matières, l’équipement et le matériel informatique par exemple. De plus, apprendre ne peut se produire par la simple diffusion de matière; et les outils indispensables qui permettent à l’élève de développer et d’autonomiser sa pensée ne se transmettent pas par de simples clics de souris; car dispenser et recevoir l’enseignement nécessitent un lien social, constituant du lien pédagogique. La classe, contrairement à la visioconférence par exemple, est un espace physique et social où l’on voit, entend, ressent l’autre avec les autres. Et apprendre, c’est aussi et surtout partager, débattre, questionner, réagir, voir, sentir que la classe réagit (ou non). Enseigner, c’est un métier, un métier qui n’a de sens qu’en relation avec l’autre et avec la classe. La technologie qu’on nous propose aujourd’hui est très pauvre de ce point de vue-là.

Pour une école de l’égalité, émancipatrice et consciente des enjeux liés à la crise écologique, nous demandons:

  • Une école publique, obligatoire et gratuite jusqu’à la majorité pour toute personne vivant en Suisse.
  • Plus de temps pour chaque élève:
    * Plus d’enseignant·e·s pour moins d’élèves, soit une baisse importante des effectifs de classe.
    * Des moyens pour que les enseignant·e·s et tou·te·s les professionnel·le·s de l’école (éducateurs·rice spécialisé·e, logopédiste, infimier·ère scolaire etc.) puissent réellement soutenir chaque élève en difficulté.
    * Plutôt que de multiplier et de saucissonner les heures et les matières, prévoir des plages où le travail par projet, les activités culturelles ou créatrices sont encouragées.
    * Afin de développer davantage l’esprit critique, enjeu majeur au service de la construction d’une émancipation sociale, citoyenne et professionnelle, intégrer, aux plans d’études – dans une visée transversale (quelle que soit la discipline) – notamment l’éducation à la  citoyenneté, l’égalité entre les femmes et les hommes, les enjeux liés à la crise écologique. Du matériel pédagogique et des formations sur ces questions doivent être proposés aux enseignant·e·s.
  • Une valorisation de la profession:
    * Diminuer massivement le volume des tâches administratives pour avoir plus de temps à consacrer aux tâches d’enseignement.       
    * Valoriser une profession, c’est aussi respecter l’expertise de celles et ceux qui l’exercent au quotidien et reconnaître la valeur du travail qu’ils·elles effectuent.

    * Augmenter le salaire des enseignant·e·s du degré primaire.