Manifeste 2020

Amanda Ioset

S’ORGANISER POUR PROTEGER LES PEUPLES, PAS LES PROFITS

« La Suisse est un pays riche. Nous ne laisserons personne de côté », déclarait la présidente de la Confédération Simonetta Sommaruga au moment où la pandémie de covid-19 frappait durement la Suisse. Les grosses entreprises, c’est sûr, ont été généreusement soutenues par l’État – le libre marché est vite mis entre parenthèses quand il s’agit de sauver les profits. On découvre aujourd’hui à quel point certaines entreprises ont abusé des aides d’États pour continuer à enrichir leurs actionnaires pendant la crise sanitaire tout en licenciant leurs employés.

Le capitalisme, plongé depuis des décennies dans une crise économique structurelle, n’a pas fait le poids face à la pandémie. La crise économique dans laquelle nous sommes plongés va être profonde, et les premiers qui en subissent les effets sont les classes populaires et travailleuses. Inacceptable, alors que ce sont ces mêmes travailleurs qui ont été au front pendant toute la pandémie.

Nos amis étrangers (requérants d’asile, travailleurs immigrés, sans-papiers) sont particulièrement touchés à différents niveaux : juridique, économique, sanitaire et social. Au point que certains voient même leurs moyens d’existence menacés.

Alors que le covid-19 atteignait son pic en Suisse, le Secrétariat d’État aux migrations (SEM) continuait à organiser des auditions d’asile, mettant en danger la santé et la vie de tous les acteurs impliqués (requérants, juristes, interprètes, fonctionnaire, procès-verbaliste). Le Conseil fédéral prenait même une décision anticonstitutionnelle, encore en vigueur aujourd’hui : les auditions peuvent avoir lieu en l’absence du représentant juridique, si celui-ci est empêché de participer en raison du virus. Dans de nombreux centres d’asile, les conditions de vie sont si mauvaises que les mesures préconisées par l’OFPS n’ont tout simplement pas pu être respectées.

Les travailleurs sans-papiers ont quant à eux perdu leur emploi. Privés de leur droit au chômage ou à l’aide sociale, ils n’ont été soutenus que par leurs proches et les associations de soutien, qui ont réussi à lever des fonds importants, mais insuffisants pour tenir sur le long terme. Il n’est pas encore trop tard pour que les autorités fédérales procèdent à des régulations comme l’ont fait le Portugal et l’Italie. La santé publique doit primer sur l’application d’une politique migratoire et d’asile restrictive.

N’oublions pas les dizaines de milliers de réfugiés bloqués aux frontières de l’Europe. Dans les camps des îles grecques, ils sont presque 40’000 dans des structures prévues pour quelques milliers. Les autorités suisses font la sourde oreille face aux appels des associations qui demandent l’évacuation des camps et l’accueil des réfugiés. Pire : alors que le SEM s’est bruyamment engagé à accueillir quelques dizaines de mineurs non accompagnés dont un membre de la famille se trouve en Suisse (ce qui n’a absolument rien de solidaire ni d’humanitaire, mais correspond simplement à une obligation de la Suisse selon le règlement Dublin), Mario Gattiker et ses collaborateurs mettent systématiquement des bâtons dans les roues pour compliquer ces regroupements familiaux.

Pour une politique d’asile et migratoire sensée, les autorités suisses devraient au minimum :

  • Participer immédiatement à l’évacuation des camps des îles grecques en accueillant les réfugiés qui s’y trouvent ;
  • Mettre un terme à toute participation au projet d’Europe forteresse, ce qui implique la cessation de toute collaboration avec l’agence Frontex et la sortie des accords de Schengen et Dublin ;
  • La régularisation de tous les étrangers présents sur le territoire suisse depuis 3 ans ;
  • L’annulation de l’ordonnance covid-19 asile, anticonstitutionnelle, et une vraie protection des requérants d’asile dans les centres et dans la procédure ;
  • La fin du régime inhumain de l’aide d’urgence.

La crise sanitaire et économique actuelle nous révèle pourtant une chose importante. Toutes les revendications, toutes les pétitions, les appels et les manifestes ne sont pas suffisants. Les autorités ne nous écoutent pas, car elles sont au service du projet des multinationales et des classes dominantes. La clé, c’est de s’organiser pour la lutte. Seule une force politique et sociale progressiste, organisée et mobilisée pourra rendre possible la transformation dont l’humanité a besoin.