Manifeste 2020

Sergio Ferrari

Sergio Ferrari

UNE AUTRE SOLIDARITÉ POUR UNE AUTRE PLANÈTE

Les retombées de ce traumatisme sociétal que nous vivons actuellement sont difficiles à prévoir. Ses conséquences, comme toute crise profonde de l’humanité, laisseront des traces profondes sur les individus, les communautés, les nations, sur la planète entière. La SOLIDARITÉ sera également impactée par les effets de ce que nous avons vécu en 2020, de plus traversée par de multiples comportements contradictoires.

Partout, des manifestations intenses de solidarité interpersonnelle très actives se sont déroulées. Quelques exemples. Des voisins de quartier se sont découverts. De nombreux jeunes ont aidé des personnes âgées, confinées parce que “à risque”. Des artistes populaires ont soutenu leurs pairs en utilisant tous les moyens à leur disposition, y compris les technologies virtuelles.

Certaines actions étaient plus larges et organisées, comme la distribution de paniers de nourriture de base, à Genève et ailleurs. Ou plus “politisées”, comme la distribution de céréales de base par les militants du Mouvement des Sans Terre (MST) au Brésil, en soutien aux habitants précaires des bidonvilles de nombreux centres urbains.

Cependant, tout cet exercice s’est déroulé dans le cadre d’un repli profond de la société sur elle-même, d’un enfermement paralysant, de manifestations politico-sociales annulées ou retardées. Et, de plus, dans le cadre d’un renforcement du concept d’État-nation, les frontières ont été réactivées ou renforcées, presque sans exception au niveau planétaire. Très peu des gestes de solidarité internationale intégrés dans la coopération officielle entre nations, comme les brigades médicales cubaines dans une vingtaine de pays, ont été exceptionnels.

REPENSER LA SOLIDARITÉ

Dans le contexte international, la SOLIDARITÉ SOCIALE constitue l’un des biens publics les plus précieux de l’humanité. Elle implique de penser et d’agir au service de “l’autre”, qui peut se trouver à des centaines ou des milliers de kilomètres.

Elle va bien au-delà des schémas formels de coopération internationale, qu’ils soient humanitaires ou techniques. Elle ne se limite pas aux intérêts stratégiques des relations entre États. Elle ne cherche pas à privilégier son propre point de vue à travers le prisme culturel de la supériorité. Elle décourage l’imposition et parie sur l’écoute et le partage entre acteurs égaux de cet exercice humain.

Plus que jamais, après l’impact dévastateur de cette pandémie, il faudra redéfinir une véritable SOLIDARITÉ SOCIALE INTERNATIONALE, dans le cadre de la multitude des acteurs sociaux.

Réinventer la solidarité du futur signifie :

  • Mondialiser l’exercice. Regarder le monde à travers le prisme d’une seule Terre-Mère, à partir d’expériences locales et de conceptualisations globales.
  • Concevoir la solidarité comme un exercice commun pour entreprendre, ensemble, la définition et la construction d’un autre monde possible.
  • Parvenir à un consensus sur la pratique des acteurs sociaux progressistes – dans la perspective de changements systémiques radicaux – sans distinction de pays, d’hémisphères ou de latitudes. Nous découvrir à partir du désir commun de construire ce monde futur différent en remettant en question le paradigme néo-libéral, machiste, patriarcal, xénophobe, militariste et autoritaire dominant actuel.
  • Remettre en question les formes de coopération paternalistes qui cherchent seulement à obtenir des avantages économiques. Dans un monde véritablement juste et équitable, l’objectif principal de la coopération internationale devrait être sa propre disparition.
  • Construire une solidarité où l’horizontalité prévaut. Cela n’admet ni les transferts technologiques, ni les impositions idéologico-culturelles. Cela sous-entend que nous pouvons et devons tous apporter notre contribution. Que chacun d’entre nous, acteurs, mouvements sociaux, de n’importe quelle partie de la planète, peut et doit contribuer horizontalement.