Manifeste 2020

Liliane Christinat

Liliane Christinat

S’en tenir
à la terre

 Ne pas jeter d’ombre
sur d’autres

 Être
dans l’ombre des autres
une clarté

 Reiner KUNZE

Fin 2019 apparaît une maladie jusqu’ici inconnue. Le « coronavirus desease 2019 » plus connu aujourd’hui comme CoVid-19.

Dans son sillage s’est répandue une autre épidémie, plus dangereuse : « PochVid-20 ». (Ah ! cette politesse du désespoir) … Cette dernière touche de plein fouet les travailleuses et travailleurs informels et expose plus particulièrement les femmes, les employés migrants et bien sûr des millions d’enfants… Et pas seulement là-bas, ailleurs, sur d’autres continents, mais bien ici et maintenant, dans nos rues, sur nos trottoirs, sous nos ponts !

 En quelques semaines, covid-19 a contraint les pays du monde à prendre des mesures exceptionnelles : une suspension d’activités humaines et un confinement de populations pour une durée indéterminée. Et ce, de manière internationalement coordonnée.

Aux premiers jours, j’ai pensé :

– Ah tiens ! si on peut se coordonner pour une pandémie, on devrait pouvoir le faire pour d’autres choses plus graves qui ne cessent de nous heurter, de nous hanter.

J’ai pensé qu’enfin nous allions employer ce temps suspendu à réfléchir sur les possibles changements à opérer pour un monde plus juste, équitable, pour un monde enfin conscient de l’inestimable valeur de la vie, sur l’incomparable beauté de la planète Terre.

J’ai osé penser que les acteurs citoyens et politiques allaient se réveiller et qu’ils allaient tenter de regarder en face l’opportunité que la crise sanitaire offrait : une mise en perspective qui nous fait cruellement défaut dans ce monde frénétique de consumérisme nombriliste à n’importe quel prix.

J’ai osé penser possible une transition, vers les énergies renouvelables par exemple. J’ai entendu dire que cette transition a été estimée à des montants se situant entre 300 et 800 milliards d’euros par année pour le monde entier. A la lecture des chiffres avancés par les états pour faire face à la pandémie, j’ai compris que ce ne serait pas une utopie que d’imaginer des investissements en faveur du climat.

Nous avons besoin de la biosphère pour vivre et elle mérite bien que nous prenions soin d’elle.

Pourtant au nom des diktats de la finance, s’est développée une économie néo-libérale. Ce n’est pas une économie, c’est un système qui exploite les plus faibles, qui génère injustice et oppression, qui mène des guerres sans merci, qui ronge et détruit nos écosystèmes, qui sacrifie chaque jour le bien commun au service de la finance.

L’argent doit retrouver sa place d’outil, et être géré avec des règles claires à faire respecter par toutes et tous. C’est urgent.

Il est grand temps de définir une économie au service du bien commun, nous pouvons le faire. Nous pouvons engager des investissements mûrement réfléchis qui pourraient éviter de péjorer les conditions d’existence de milliards d’êtres vivants (humains et autres).

Et en plus, je suis sûre, qu’à réfléchir à plusieurs pour prendre des mesures en adéquation avec tous nos liens biologiques, cela redonnerait du sens aux rôles terriens que chacun, chacune d’entre nous s’emploie à mener, jour après jour.

Tous les êtres vivants de l’infiniment petit à l’immensément grand exigent toute notre attention et notre reconnaissance, sommes-nous capables de le comprendre enfin !?

  • Aux jeunes générations, dès la petite enfance, nous pourrions proposer une éducation qui mettrait au centre la vie sous toutes ses formes, la compréhension des interdépendances avec l’entier du monde vivant.

Garçons et filles pourraient aller plus loin dans les connaissances sur leur santé et de celles des autres. Tous pourraient développer les gestes qui prennent soin, porter l’attention sur la préservation du vivant et élargir leurs cœurs à la connaissance.

  • Nous pourrions réfléchir à un enseignement plus coopératif, où les enfants choisiraient les thèmes qui les intéressent. Où ils seraient accompagnés, soutenus, dans des projets personnels et d’autres collectifs.
  • Et nous devrions sérieusement réfléchir à l’impact sur leur développement des salles quotidiennement confinées où ils sont sensés acquérir au même rythme des connaissances qui les barbent.
  • Les adolescents ont du cœur, ils ont des idées, même quand ils disent qu’ils n’en ont pas, par peur d’être mal jugés. Pendant la pandémie nombre d’entre eux se sont immédiatement mobilisés pour aider les anciens confinés de leurs quartiers.

Avec eux, nous devrions réfléchir à leur donner les moyens de s’investir dans des activités qui donnent du sens à leur devenir, repenser avec eux leur place dans nos cités, ouvrir des espaces où tenir un rôle utile, gratifiant et reconnu. Pour chacune, pour chacun, sans distinction de genre ou de peau.

  • Et nous devrions vraiment réaliser que nos enfants et adolescents sont devenus des cibles et des victimes du consumérisme. Nous n’avons pas su les protéger des publicités mensongères qui les visent et les harcèlent. Et il est de notre responsabilité d’agir pour que cela change.
  • Et nous pourrions enfin penser à enseigner aux garçons comme aux filles l’Histoire des femmes et de leurs rôles, je dis bien enseigner, cela permettrait que la moitié de l’humanité trouve une première place reconnue dans la société et qu’on ouvre enfin des espaces de pensée sur les conditions vécues par les femmes.

Au boulot ! Osons pa/enser le monde à nos façons, ensemble. On sera plus intelligents à plusieurs, il en va de la vie précieuse sur le vaisseau spatial le plus perfectionné de l’univers !