Manifeste 2020

Ana Ziegler

Ana Ziegler

PAS DE JUSTICE SOCIALE SANS JUSTICE CLIMATIQUE

Adieu vieux monde !

Il semble clair, en parcourant les médias, et simplement en recueillant les différents et nombreux ressentis autour de soi, que les quelques mois écoulés depuis ce début 2020 ont marqué les esprits et initié de vastes et essentielles discussions.

Le quotidien a subi un brusque chamboulement, les horizons se sont embrumés, incertains, les liens ont dû être réinventés, entretenus et reconsidérés.

Le constat est indéniable : le COVID-19, et l’expérience douloureuse qu’une importante partie de la population en fait, n’est qu’une mise en évidence des profondes failles de notre système. Une certaine dépendance mentale et psychologique à celui-ci a aussi été dévoilée. En effet, en Suisse, comme ailleurs en Occident, la panique a suscité des réactions de consommation effrénées, incontrôlables.  On a vu des files d’attente de plusieurs heures devant des grandes enseignes de fast-food ou de fast-fashion à leur réouverture. De nombreux comportements abusifs ont été recensés et signalés, dans des foyers, dans l’espace public. Le nombre des violences sexistes, conjugales, racistes et sociales a effectué un bond inquiétant. La recrudescence de ces excès révèle précisément que leur origine est intimement liée au maintien du système, que ces oppressions systémiques sont aussi institutionnelles et permettent sa pérennité.

Cependant, malgré les circonstances, pour beaucoup précaires, facilitant davantage des réactions apeurées, un sérieux ras-le-bol s’est aussi affirmé : on a tenté par divers moyens de déjouer ce refrain exténuant et destructeur en exprimant une volonté de réinventer, de créer, ensemble. D’autres domaines de nos vies se sont révélés être plus essentiels que l’on ne les avait jaugés ; les liens sociaux, l’intégrité, le partage et la proximité sont devenus incontestablement plus directement essentiels à notre quotidien.

Alors que nos gouvernements, de pair avec nos banques, entreprises et multinationales, n’ont pas attendu de sonder la profusion de demandes d’un changement de paradigme, ils ont déjà commencé à relancer la machine infernale, celle-là même responsable de la crise entamée, en accordant des aides démesurées à des secteurs qui ne sont plus pérennes ni durables.

L’instant est charnière, il est temps de refuser la reproduction des failles systémiques. Se tourner vers l’avenir, penser à long terme et de manière inclusive, ne plus échauffer les turbines au seul profit d’une minorité récupérant les cendres d’un système capitaliste et patriarcal, basé sur l’oppression et l’exploitation de groupes genrés, racisés et sociaux.

Parlons de dignité humaine, des droits et des libertés qui la permettent. Nous nous devons de répondre, face à l’urgence, que ces droits et libertés des entreprises et des banques, d’exploiter les biens et ressources communs, de piller des pays en développement, d’amasser des richesses indécentes pour conserver une hégémonie sur le court-terme, sont totalement incompatibles avec les vrais droits et libertés fondamentaux de la population. Le droit pour nous de vivre dans un pays aux températures viables d’ici 40 ans, le droit pour nous de vivre dans une société pacifiée, dans laquelle la sécurité alimentaire, l’accès à la santé, à un travail décent et respectant notre intégrité sont assurés, le droit pour nous et nos enfants de simplement pouvoir continuer à vivre. 

Revendications :

  1. Redressement durable des transports : promotion massive des moyens des transports à faibles émissions, des transports publics notamment.
  2. Interdiction des engins motorisés privés en ville, préservant également par ce moyen la santé des citadin.e.s
  3. Plan d’action “Bilan net nul” d’émissions pour toutes les entités productrices. L’aide financière aux entreprises en raison de la crise du COVID-19 doit de manière contraignante être liée à des objectifs de réduction des émissions. Les entreprises qui demandent une aide publique doivent s’engager à être neutres sur le plan climatique au plus tard en 2030. Les entreprises doivent présenter un plan quant à la manière d’atteindre cet objectif, sans se reposer sur des mécanismes de compensation qui n’existent pas encore ou qui sont situés à l’étranger.
  4. Options de financement vert : une banque ou un fonds climatique géré démocratiquement doit être créé, pour améliorer les instruments de financement des différentes mesures. Cette institution d’investissement peut soit compléter les fonds existants (fonds technologique, aide financière, programme de construction), soit les remplacer. Elle peut investir dans la transformation du système énergétique, la transformation du système de transport, l’amélioration de l’efficacité énergétique et d’autres changements majeurs de la politique climatique, ou accorder des prêts à faible coût de financement.
  5. Création d’un Office pour le Travail vert, permettant de soutenir et rediriger les travailleuses et travailleurs dont les emplois ont été supprimés, vers la création de nouveaux, inscrits dans une transformation durable de notre société.
  6. Réduction générale du temps de travail à 32h et 4 jours ouvrables par semaine, au même salaire, permettant d’augmenter le taux d’emploi. À plus long terme, une semaine de travail plus courte est à la fois écologiquement et socialement équitable et constitue la base de la transition vers une société qui n’est plus basée sur la croissance.
  7. Garantie et sauvegarde d’une agriculture suisse responsable, en la priorisant face à la concurrence déloyale du marché international, en la préservant du couperet des mastodontes de la grande distribution qui s’enrichissent de manière indécente grâce à la marge empochée à la revente, et en lui donnant les moyens nécessaires à une transition en production biologique.
  8. Ralentissement drastique de la production animale industrielle, lourdement responsable de production de GES, et également de la création d’un environnement propice à la propagation de virus.
  9. Remplacement du PIB par l’IDD. Afin de reconstruire notre économie de manière plus durable après la récession du COVID-19, nous avons besoin d’un indicateur qui puisse nous servir de guide et qui, outre les valeurs purement monétaires, tienne également compte de manière appropriée de l’environnement et des autres besoins humains. La Suisse joue un rôle central dans le développement et l’introduction internationale de l'”Indice de développement durable” (IDD) selon Jason Hickel (2020) comme alternative au PIB. L’objectif est d’établir ce nouvel indicateur comme une mesure décisive de la qualité de vie et de la prospérité au niveau international.