Manifeste 2020

Sarah Blum et Daniel Ziegler

LES LECONS DU CORONAVIRUS DANS L’ENSEIGNEMENT

 La crise du Corona a été révélatrice dans le domaine de l’enseignement comme dans beaucoup d’autres.

Voilà bien des années que l’école est devenue une variable d’ajustement budgétaire dans de très nombreux cantons, réduits, dans leur folle course aux baisses d’impôts, à diminuer les coûts des services publics. Cela s’est traduit, notamment, par l’augmentation des effectifs des classes, par la fermeture de classes spéciales, par l’introduction de réformes à moindres coûts comme l’intégration à bas prix d’élèves à besoins particuliers, par une surcharge croissante du personnel enseignant, par des blocages, voire des réductions salariales et de la prévoyance vieillesse.

Survient la crise du Coronavirus et, avec elle, une couche supplémentaire de difficultés. Le confinement du printemps 2020 a dramatiquement accentué les inégalités sociales entre les élèves. Bon nombre parmi les plus défavorisés d’entre eux ont décroché parce qu’ils n’avaient pas le cadre matériel pour suivre l’enseignement à distance, d’autres parce qu’ils ne bénéficiaient pas d’un encadrement suffisant au sein de leur famille.

La crise a également montré qu’il restait de nombreux progrès à faire pour protéger efficacement les apprenti-e-s sur le lieu de travail. Que ce soit psychologiquement ou physiquement, un bon nombre d’apprenti-e-s a été durement éprouvé par la crise, notamment celles et ceux des secteurs du santé-social ou du commerce de détail. Indépendamment de la crise, une récente étude d’UNIA révèle que près d’un tiers des apprenti-e-s est confronté au harcèlement sur le lieu de travail durant la formation. L’Etat doit dès lors prendre ses responsabilités et édicter des lois pour protéger au mieux celles et ceux qui optent pour la voie duale.

Pour les enseignant-e-s, la période d’enseignement à distance a également été une épreuve révélatrice. Certain-e-s, il ne faut pas se le cacher, déjà démotivé-e-s par l’aggravation régulière de leurs conditions de travail, ont eux et elles aussi lâché prise, mais la plupart d’entre eux et elles ont fourni un effort supplémentaire remarquable. Nombreux et nombreuses ont été ceux et celles qui ont dû s’équiper à leurs propres frais de matériel informatique idoine ; le temps de préparation a été multiplié, que ce soit pour la mise par écrit et en ligne des cours, pour la création de capsules vidéo, pour les corrections écrites individualisées, etc. Le suivi individuel des élèves et les relations aux parents, par mail, par sms ou par téléphone, le maintien des réseaux pour les élèves à besoins particuliers, ont nécessité des efforts et du temps supplémentaire. On relève à juste titre le mérite exceptionnel du personnel soignant durant cette épreuve ; on oublie quelque peu celui d’autres professions, dont celle d’enseignant. Et s’il est une leçon à retenir dans ce domaine, c’est que l’enseignement à distance ne peut être une solution, qu’il ne fait qu’aggraver les problèmes causés par des années d’austérité imposée à l’école et que le coût pédagogique et social de cette crise continuera à se faire sentir longtemps encore, à moins que les responsables politiques n’en tirent rapidement les leçons qui s’imposent.

Aujourd’hui, alors que les cours en présentiel ont repris, les problèmes n’ont pas disparu, bien au contraire : suite aux mesures qui ont permis aux élèves en difficulté de passer malgré tout leur année, suite aussi aux mesures de soutien insuffisantes mises en place, les classes sont plus hétérogènes que jamais, un suivi individuel satisfaisant devient pratiquement impossible. Le masque obligatoire en cours pour les enseignant-e-s – meilleur marché que le pexiglas … – pose de gros problèmes, notamment pour les élèves malentendants ou allophones; la relation pédagogique, notamment dans les niveaux inférieurs, souffre des mesures de protection à juste titre imposés.

Nos revendications

  • Une diminution des effectifs de classe à l’école obligatoire ;
  • Davantage d’appuis, tous niveaux confondus, pour les élèves en difficulté ;
  • La mise en place de devoirs surveillés à l’école obligatoire pour contrecarrer les inégalités sociales ;
  • Un meilleur encadrement des élèves à besoins pédagogiques particuliers et une diminution adéquate des effectifs de classes qui les accueillent ;
  • Un indice social pour le subventionnement cantonal des classes à l’école obligatoire ;
  • Une diminution adéquate de l’indice horaire des enseignants au pro rata des réseaux psycho-pédagogiques qu’ils doivent gérer ;
  • Une revalorisation salariale des enseignant-e-s des niveaux primaires ;
  • Une formation garantie et gratuite jusqu’à 18 ans ;
  • Plus de droits pour les apprenti-e-s et une meilleure protection de ceux-ci et celles-ci ;
  • Une formation professionnelle attentive au respect de l’environnement ;
  • Une formation qui ne serve pas en premier lieu des intérêts économiques et qui contribue à l’épanouissement et la formation de la personnalité des citoyen-ne-s en devenir.