Manifeste 2020

Nago Humbert

Nago Humbert

LA COOPERATION INTERNATIONALE ET L’AIDE AU DEVELOPPEMENT

L’aide au développement, héritage presque exclusif des églises chrétiennes dans les siècles passés, puis de la Croix Rouge au 19ème siècle, avant que les Etats la développent, était basée sur la charité et la neutralité et sur une relation “sauveur-victime”. La philosophe Hanna Arendt a beaucoup travaillé sur cette notion de victime et sur le lien entre pitié et terreur, mettant en évidence le fait que la première peut facilement entraîner la seconde. Que n’a-t-on pas fait au nom de la “démesure de la bonté”. Envahir l’Irak par exemple ou bombarder Belgrade dans une intervention militaire dite “humanitaire”!

Cette notion de victime est d’ailleurs souvent à la base des actions dites humanitaires, elle ne cesse de nous interroger quant au poids qui lui est réservé dans les décisions d’intervenir ici plutôt que là. Être victime, c’est subir les évènements. C’est la notion de passivité associée au mot victime qui permet à certains d’avoir du pouvoir sur elle. L’acte d’aide ou humanitaire devrait au contraire, en premier lieu, redonner à la victime pouvoir et dignité. Pour nous, cela représente la transformation d’un concept éminemment respectable hérité de nos sociétés judéo chrétiennes, la charité, en un concept qui devrait guider l’aide au développement, la justice et le respect des droits humains. On se penche sur les pauvres et les victimes, alors qu’on devrait les aider à se redresser afin qu’ils puissent nous regarder en face, d’égal à égal, et devenir acteurs de leur propre destin. Faire de la victime un partenaire et ne pas l’installer dans une relation de dépendance, qui n’est pas sans rappeler l’attitude coloniale des pays du Nord vis-à-vis de ceux du Sud, dans une dynamique de justice et d’autonomisation et non de compassion et de charité.

Lorsque les bailleurs choisissent les victimes

Nous sommes plus qu’inquiets de constater, depuis des années, les tentatives constantes de réduction des budgets de l’aide au développement, par le Conseil Fédéral, sous la pression de la majorité de droite du Conseil national, qui dans une incohérence idéologique prône, pour certains conseillers nationaux, la théorie qu’il faut aider les populations défavorisées dans leur pays pour qu’elles ne viennent pas chez nous et dans le même temps demandent de réduire le budget de l’aide au développement. Alors que la Suède consacre 1,01% du PNB ou le Danemark 0,7%, un taux minimum qu’un pays aussi riche que la Suisse devait consacrer à l’aide au développement, il est chez nous d’un misérable 0,44% en 2019, en dessous de la moyenne européenne. Ce taux de 0,7% du PNB qui devrait être consacré à l’APD (aide publique au développement) a été proposé en octobre 1970 par l’assemble générale de l’ONU.  Un demi-siècle plus tard, non seulement la Suisse ne progresse pas vers cet objectif minimum, mais au contraire, elle régresse depuis quelques années.

Nous sommes également interpellés par le message envoyé par le ministre des affaires étrangères sur la nouvelle philosophie de la coopération internationale basée sur le concept :” la coopération internationale doit servir d’abord les intérêts de la Suisse et participer au contrôle de l’immigration venant des pays en développement”. Une manière particulière d’envisager la notion d’aide puisque d’après cette philosophie, celle-ci doit d’abord profiter à celui qui l’octroie. Nous nous opposons dans cette logique à une certaine privatisation de l’aide publique puisque d’après Public Eye, l’aide aux pays en développement passant par des entreprises privées serait, si le parlement accepte cette nouvelle conception, de l’ordre d’environ 500 millions de francs.  Ce virage a été symboliquement illustré, lorsque notre ministre, lors d’un voyage en Zambie, a privilégié la visite d’une mine de cuivre, appartenant au très controversé groupe zougois  Glencore, à la visite  d’un projet financé par la DDC.

Alors que l’aide, ontologiquement, devrait répondre en premier lieu au besoin d’une population.  Nous déplorons également le recentrage des pays bénéficiaires dont le choix aléatoire ne repose sur aucune base logique et notamment, la décision d’abandonner le continent sud-américain.

Propositions :

  • Que le gouvernement suisse consacre au minimum le 0,7% du PNB pour l’aide au développement.
  • Que l’aide soit basée sur les besoins des populations.
  • Que les bénéficiaires soient considérés comme des partenaires dans le choix et la gestion des projets financés par la Confédération.
  • Que l’action humanitaire ne soit pas privilégiée par rapport à l’aide au développement.
  • Que le gouvernement abandonne son projet de privatisation d’une partie de l’APD.
  • Nous soutenons l’initiative pour des multinationales responsables.